L’origine : La normalisation internationale (Années 70)
Avant les années 1970, la lutte contre l’incendie reposait sur l’expérience empirique. C’est avec l’essor industriel et la multiplication des produits chimiques qu’il est devenu vital de créer des catégories universelles pour ne pas aggraver une situation (par exemple, mettre de l’eau sur de l’huile bouillante).
- 1970 – 1980 : La norme européenne EN 2 voit le jour. Elle définit les quatre classes fondamentales :
- A : Feux « secs » (bois, papier).
- B : Feux « gras » (liquides, hydrocarbures).
- C : Feux gazeux.
- D : Feux de métaux (magnésium, sodium).
Les ajustements modernes : Classes F et Électrique
Au fil des décennies, le confort domestique et l’urbanisation ont forcé l’ajout de nuances :
- La Classe F (1990-2000) : Introduite pour les auxiliaires de cuisson (huiles et graisses végétales/animales). Les friteuses industrielles causaient des dégâts que les extincteurs de classe B ne maîtrisaient pas bien.
- Le « Risque Électrique » : Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas de « Classe E » en Europe (elle existe aux USA). En Europe, on parle de feux d’origine électrique qui se classent généralement en A ou B, mais avec une mention spécifique sur l’extincteur concernant la conductivité.
L’émergence de la Classe L (2010 – Présent)
L’introduction de la Classe L est la réponse directe à la révolution énergétique du XXIe siècle.
Le constat de carence
Jusqu’à récemment, les batteries au lithium étaient « rangées » par défaut dans la Classe D (métaux). Or, c’était une erreur technique : une batterie lithium-ion ne contient que très peu de lithium métal. C’est un mélange complexe de solvants inflammables (Classe B) et de réactions chimiques internes. Les extincteurs à poudre pour métaux (Classe D) se sont révélés inefficaces face à l’emballement thermique.
L’officialisation
Bien que la norme EN 2 soit lente à se modifier au niveau législatif pur, le terme « Classe L » a été adopté par les fabricants d’extincteurs et les organismes de sécurité civile (comme le CNPP en France) pour désigner :
- Les batteries Lithium-ion, Lithium-Polymère.
- Les systèmes de stockage d’énergie domestiques et les véhicules électriques.
Cette classe a imposé l’invention de nouveaux agents, comme l’AVD (Aqueous Vermiculite Dispersion), car aucun agent historique ne parvenait à refroidir et isoler simultanément les cellules en feu.
Résumé de l’évolution
| Époque | Classes Dominantes | Contexte Industriel |
| 1900-1950 | Eau et Sable | Chauffage au bois, début du pétrole. |
| 1970 | A, B, C, D | Standardisation européenne et chimie lourde. |
| 2000 | + Classe F | Restauration rapide et risques domestiques. |
| 2020+ | + Classe L | Mobilité électrique et smartphones. |
Comprendre le Risque des Batteries au Lithium
Alors que nous connaissons tous les classes A, B, C ou D, une nouvelle catégorie a fait son apparition dans le paysage de la sécurité incendie : la classe L. Cette classification, bien que parfois encore intégrée à la classe D (métaux) ou traitée à part selon les normes locales, désigne spécifiquement les feux impliquant des batteries au lithium-ion.
Pourquoi une classe dédiée ?
Contrairement à un feu de bois ou d’essence, un incendie de batterie au lithium ne brûle pas de manière conventionnelle. Il est le résultat d’un phénomène appelé emballement thermique (thermal runaway). Lorsqu’une cellule est endommagée (choc, surcharge ou chaleur excessive), elle produit sa propre chaleur et son propre oxygène, alimentant une réaction en chaîne quasi impossible à arrêter avec des méthodes standards.
Les caractéristiques d’un feu de classe L
Un feu de batterie lithium se distingue par plusieurs facteurs critiques :
- Auto-suffisance : La réaction chimique génère de l’oxygène, ce qui rend l’étouffement (par CO2 ou couverture) souvent inefficace à long terme.
- Températures extrêmes : Le foyer peut dépasser les 1000°C en quelques secondes.
- Émissions toxiques : La combustion libère des gaz dangereux comme le fluorure d’hydrogène.
- Risque de réinflammation : Même éteinte en apparence, une batterie peut redémarrer plusieurs heures, voire jours, après l’incident.
Comment éteindre un feu de classe L ?
L’eau pulvérisée classique peut aider à refroidir les cellules voisines, mais elle n’arrête pas toujours l’emballement interne. Pour cette classe de feu, des agents spécifiques ont été développés :
| Agent Extincteur | Mode d’action |
| Vermiculite (AVD) | Une suspension aqueuse qui forme une barrière thermique et étouffe le feu. |
| Gel spécifique | Adhère aux parois de la batterie pour absorber la chaleur massive. |
| Immersion totale | Plonger l’appareil (ex: un vélo électrique) dans un bac d’eau pour refroidir le cœur sur 24h. |
L’histoire de la classification des feux est celle d’une adaptation constante de l’homme face à l’évolution de ses technologies. On ne combat pas un feu de bois comme un feu de serveur informatique ou une batterie de Tesla.
L’agent AVD (Aqueous Vermiculite Dispersion)
L’agent AVD (Aqueous Vermiculite Dispersion) est une véritable petite révolution technologique. Contrairement à la poudre ou au CO2 qui agissent par étouffement chimique ou refroidissement de surface, l’AVD a été conçu pour briser le cycle interne de l’emballement thermique.
Voici comment cela fonctionne :
1. La composition : De la roche et de l’eau
L’AVD est composé de particules de vermiculite (un minéral naturel de la famille des micas) en suspension dans de l’eau.
- La vermiculite est exfoliée (chauffée à haute température) pour devenir extrêmement légère et poreuse.
- Elle est ensuite broyée en particules microscopiques et mélangée à de l’eau pour être projetée par un extincteur.
2. Le mode d’action en trois étapes
Lorsqu’on projette de l’AVD sur une batterie en feu (Classe L), l’agent agit par une triple action simultanée :
- Refroidissement immédiat : L’eau contenue dans le mélange absorbe la chaleur massive générée par l’emballement thermique en s’évaporant.
- Encapsulation : Les particules de vermiculite se déposent sur les cellules de la batterie. En séchant, elles créent une membrane minérale ininflammable et étanche.
- Isolation thermique : Cette couche agit comme un bouclier thermique. Elle empêche la chaleur d’une cellule en feu de se propager aux cellules voisines, stoppant ainsi la réaction en chaîne (l’effet domino).
3. Comparaison avec les agents classiques
Pourquoi ne pas utiliser simplement de l’eau ?
| Agent | Efficacité sur Classe L | Risque / Limite |
| Eau pulvérisée | Faible | Risque de court-circuit et dispersion des gaz toxiques. |
| Poudre ABC | Nulle | N’atteint pas le cœur de la batterie, ne refroidit pas. |
| CO2 | Très faible | Refroidit en surface mais la batterie repart dès que le gaz s’évapore. |
| AVD | Excellente | Seul agent capable de créer une barrière physique permanente. |
L’AVD est écologique (minéral naturel) et non conducteur. C’est aujourd’hui la solution privilégiée pour les centres de recyclage de batteries, les usines de trottinettes électriques et même certains centres de données.