Fiche action pour le Document Unique concernant les agressions numériques des journalistes
Ce document propose des actions pour protéger les journalistes contre les agressions numériques et le cyberharcèlement. Il détaille d’abord des mesures techniques préventives, telles que la sécurisation des comptes et la séparation stricte entre vie privée et vie professionnelle. Le texte définit également un protocole de réaction rigoureux incluant la collecte de preuves et le signalement systématique des abus. Un accent particulier est mis sur la responsabilité des entreprises, qui doivent offrir un soutien juridique, psychologique et organisationnel à leurs employés. Enfin, l’auteur souligne l’importance d’une modération proactive des contenus haineux pour préserver l’intégrité de l’espace éditorial et la santé mentale des rédactions.
Introduction au cyberharcèlement
Le cyberharcèlement est un acte de malveillance répété, commis via les outils numériques, visant à humilier, intimider ou menacer un individu. Pour les journalistes, il se manifeste souvent par des vagues d’insultes ou de menaces coordonnées suite à une publication. Cette violence virtuelle a des répercussions bien réelles sur la santé mentale, pouvant mener au stress chronique et à l’isolement professionnel.
Face au cyberharcèlement et à la pression numérique, la prévention doit être à la fois technique, psychologique et organisationnelle.
Fiche de prévention pour le PAPRIPACT et votre Document Unique
Voici une fiche de prévention structurée que vous pouvez intégrer à votre plan d’action (ou en annexe du DUERP) pour protéger les journalistes :
1. Mesures de Protection Technique (Prévenir)
**Hygiène des mots de passe** : Utiliser un gestionnaire de mots de passe et activer systématiquement l’authentification à double facteur (2FA) sur tous les réseaux sociaux et boîtes mail. (https://keepass.info/)
**Séparation des sphères** : Utiliser des comptes professionnels distincts des comptes personnels. Ne jamais publier de photos permettant d’identifier le domicile, l’école des enfants ou des habitudes de vie privées.
**Nettoyage des traces (Doxing)** : Effectuer régulièrement des recherches sur son propre nom pour demander la suppression d’informations personnelles sensibles sur le web (annuaires, sites tiers).
2. Protocole en cas d’Attaque (Réagir)
- Ne pas répondre** : L’interaction alimente souvent l’algorithme et la virulence des « trolls ».
- Collecte de preuves** : Effectuer des captures d’écran systématiques des menaces ou insultes (incluant l’URL du profil de l’agresseur, la date et l’heure) avant tout signalement ou blocage.
- Signalement gradué** : Utiliser les outils de signalement de la plateforme, puis, en cas de menaces physiques ou de mort, effectuer un signalement sur la plateforme officielle (Pharos en France).
3. Soutien de l’Entreprise (Accompagner)
- Soutien juridique** : L’entreprise doit s’engager à porter plainte aux côtés du journaliste si les attaques sont liées à l’exercice de sa fonction.
- Prise en charge psychologique** : Mettre en place un accès à une cellule d’écoute ou un psychologue spécialisé dans les traumatismes numériques.
- Droit à la déconnexion** : Encourager le journaliste à couper ses notifications hors temps de travail, surtout après la publication d’un sujet « sensible ».
La modération et la gestion des commentaires haineux sont essentielles pour protéger non seulement le journaliste, mais aussi la communauté de lecteurs.
4. Gestion des Commentaires Haineux : Stratégies de Modération
- L’Espace de Commentaire comme Responsabilité Éditoriale** : Les commentaires ne sont pas une zone de non-droit ; le média est juridiquement responsable des contenus qu’il héberge.
- Modération a priori vs a posteriori** : Pour les sujets sensibles (politique, religion, faits divers), privilégier une modération **a priori** (validation avant publication) afin de bloquer les insultes avant qu’elles ne soient visibles par le journaliste.
- Charte de Modération Publique** : Afficher clairement les règles de conduite sur le site pour pouvoir justifier la suppression de contenus (insultes, incitation à la haine, diffamation) sans débat inutile.
- Utilisation de l’Intelligence Artificielle** : Déployer des filtres sémantiques automatiques pour masquer instantanément les mots-clés haineux ou les insultes les plus courantes.
- Le « Banning » et le « Shadow Banning »** : Bannir les comptes récidivistes ou utiliser le *shadow banning* (le troll voit son commentaire mais personne d’autre ne le voit), ce qui évite qu’il ne recrée un compte immédiatement par frustration.
Résumé de la démarche de prévention globale
- Désamorçage** | Ne pas nourrir le « troll » pour éviter l’escalade.
- Soutien de la Hiérarchie** | S’assurer que le journaliste ne se sente pas seul face à la vague de haine.
- Veille Santé** | Surveiller les signes d’épuisement ou de stress observés dans votre tableau initial.